Un médicament pour maigrir ?
Un médicament pour maigrir vient de sortir à grands bruits. La campagne publicitaire met en avant que, si le remède est vendu sans ordonnance, il est loin d’être anodin et que les pharmaciens se feront fort d’en refuser la délivrance aux clients ne remplissant pas les conditions. C’est l'argument éculé des camelots de foires et autres vendeurs de voitures d’occasion, pas très fin, mais qui marche toujours: Il n'y en a pas pour tout le monde, et pour en profiter, il faut jouer des coudes!
D’après ce que j’ai compris, le traitement empêche l’organisme d’assimiler les graisses. Et il le fait tellement bien que toutes les graisses ingurgitées dans la journée se retrouvent dans les selles le lendemain matin. Je ne raconte pas cela pour le plaisir d’être sale, mais parce que j’y vois une métaphore de notre démocratie.
Nous croyons nous tenir convenablement informé en regardant le journal télévisé une ou deux fois par jour. En effet les choses sont dites, plus ou moins mais nous ne les assimilons pas, hypnotisés par un flot de nouvelles délivrées sans discernement et sans hiérarchie.
Le moindre fait divers devient un évènement qui convoque les experts les plus brillants, fait se déplacer un président à hauts cris et promulguer une nouvelle loi. Des lois sont votées tous les jours pour en remplacer d'autres qui n'ont pas encore été appliquées. En revanche, les vrais scandales ne sont évoqués que pour la forme ou, au mieux, présentés comme des anecdotes.
Nous sommes traversés par l'information sans en retenir quoi que ce soit. Ensommeillés, enfumés, inhibés.
Il y a un parallèle frappant entre l’action du médicament et celle de l’information institutionnelle. La première permet de manger n’importe quoi sans limites en toute impunité, la seconde rend toutes les nouvelles également anodines. Censure dernier cri, imparable et sophistiquée. L’une et l’autre, pareillement, donnent un citoyen bien mou de caractère, docile, passif et poussif.
Vincent