Au conseil National du parti de gauche Aurélien nous représentait......
Aurélien Saintoul, étudiant, et membre du parti de gauche était notre représentant au dernier Conseil National (CN). Nous lui avons demandé dès son retour les enseignements qu’il tirait de cette réunion…..
Le Décodeur : le CN des 22 et 23 janvier a été marqué par la proposition de candidature de Jean Luc Mélenchon au service du Front de gauche pour les élections présidentielles, dans les médiats j’ai pu lire : « Adoubé par son clan samedi, le leader du PG doit désormais convaincre les communistes de le désigner candidat du Front de gauche. » ( Site du journal libération » alors toi, qui a assisté à ce conseil national peux tu nous dire s’il s’agit d’un « adoubement » et est-ce que le PG te semble être un clan ?
Ca n´est certainement pas le but, en tout cas ! Jean Luc, je crois que tous nous le considérons comme notre porte-parole : il a ses défauts, bien sûr, et on ne se gêne pas pour le lui dire ; mais il fait entendre du mieux qu´il peut notre colère devant cette société : avec lui, je crois que nos concitoyens savent mieux contre quoi nous nous battons… La difficulté est bien sûr, maintenant, de faire entendre ce qu´on veut, ce qu´on propose pour notre société ; et ça, c´est forcément plus difficile à faire diffuser largement dans les médias que des polémiques. D´ailleurs, elles sont artificielles : quand on critique la forme (Jean Luc parle fort, il est brusque) on s´évite de parler du fond qui est bien plus gênant : imaginer que Mélenchon dise avec une voix doucereuse que le Front de Gauche une fois élu fera voter une loi sur le salaire maximum… Personne l´entendrait et l´idée resterait dans les tiroirs. Maintenant il le fait de façon plus brutale, ceux qui ont intérêt à ce que ce genre de loi ne soit pas voté ne vont pas se mettre à le crier sur tous les toits. La stratégie, c´est de faire croire qu´on est infréquentable parce que, comme « une telle », il nous arrive de dire des gros mots. Que la « une telle » en question ait milité aux dernières présidentielles pour la suppression de l´ISF : ça leur est bien égal…
Contre cet effet pervers, il n´ya pas 36 solutions : il faut être unis et voir que ce qui rassemble l´autre gauche est dans les faits bien plus important que ce qui nous divise. Cette démarche, on la porte depuis le début, puisque le PG n´a jamais fait une élection sans Front de Gauche ! On essaie de l´élargir aussi : Jean Luc a proposé sa candidature sans exclure personne a priori… Mais surtout, on a voté au Conseil National la possibilité de faire participer à la vie du PG des associations, des collectifs, des personnes qui se sentent proches de nous, mais qui préfèrent se garder une certaine indépendance… Concrètement, des associations, des groupes pourront avoir le statut de « collectif associé » et pourront participer aux travaux, aux réflexions du PG au sein du Bureau national, du Conseil National, ou des instances départementales, en fonction de la taille de l´association. Un exemple : si une association de parents d´élèves du département le souhaitait, elle pourrait directement participer à nos débats !
On a aussi décidé que ce serait possible pour les personnes qui ne seraient membre d´aucune association : nous allons créer partout dans le pays, des Assemblées citoyennes du Front de Gauche : le but est de redonner gout à la politique à nos concitoyens : on espère que tous ceux qui sont lassés des alternances molles, ou de la droite dure plutôt que de baisser les bras voudront avec nous relever les manches pour prendre notre destin en main ! Tu vois qu´on est loin de vouloir faire notre petite cuisine électoraliste pour permettre à une ou deux personnes du Front de gauche d´avoir un ministère après les présidentielles. On veut former un collectif en mouvement : je crois que ceux qui hésitent et se donnent pour raison qu´ils trouvent que c´est une « aventure personnelle » raisonnent de travers : s´ils ne s´emparent pas des propositions et du projet que nous avons commencé à tracer, ça risque de sembler personnel encore longtemps… Au contraire si un mouvement se crée, comme pour le référendum sur le traité constitutionnel, la personne ne comptera pas beaucoup et le programme sera tout, parce qu´il sera incarné non pas par un seul homme, mais par des centaines, des milliers de femmes et d´hommes. C´est d´ailleurs tout à fait conforme à notre volonté d´en finir avec la Vème République et son présidentialisme qui fait planer une figure tutélaire ou de père Fouettard au-dessus des citoyens comme s´ils n’étaient que de grands enfants : certains parmi nous proposent d´ailleurs que la fonction même de président de la République disparaisse… Mais ça ce sera à une Constituante d´en décider : le PG et le Front de Gauche ne pourront que proposer
Le Décodeur : Nos rapports avec les communistes? as-tu des informations à nous donner sur la façon dont les choses avancent ou pas ?
De ce point de vue, je crois qu´on peut être contents et optimistes : le Front de Gauche a continué de s´élargir depuis les régionales et hormis dans de rares cas, le PG et le PC se présenteront sous la même bannière pour les cantonales. Parfois même, c´est un peu plus fréquent que lors des régionales, avec le NPA ! C´est encourageant…
D´autant que ces cantonales ont une signification particulière. Elles vont forcément être un appui pour les élections présidentielles et surtout elles sont l´occasion de faire payer au gouvernement et à sa majorité sa prétendue réforme des retraites et la façon inique dont ils l´ont imposée aux Français, qui très majoritairement n´en voulaient pas ! L´UMP pourra bien faire semblant et dire que des élections locales n´ont pas de signification nationale, personne n´est assez naïf pour s´imaginer que des conseillers généraux de droite ne mèneraient pas une politique de droite… Or c´est justement avec cette politique qu´on veut en finir ; et ce qui est vrai pour le pays commence dans les départements !
De toutes façons, ces élections auront une signification nationale et donne déjà une idée de l´état d´esprit des formations qui se présentent devant les Français : nous avons travaillé à l´unité de l´autre gauche et nous continuerons à le faire. Ca paye : 60 % des listes seront du Front de Gauche et seront élargies, soit au M´pep, soit à la Fase, soit au NPA… Le NPA sera à nos côtés sur environ un quart des cantons !
Au contraire, la volonté de faire perdre la gauche est visible au PS et même Europe Écologie : dans des cantons où le Front de Gauche présente des sortants, des candidats qui sont donc bien connus de leurs concitoyens, dans le Val-de-Marne ou l´Essonne par exemple, le PS et Europe Écologie présentent dès le premier tour une liste unique pour « faire barrage » au Front de Gauche : procédé dont on usait jusqu´à présent à gauche uniquement pour « faire barrage » à l´extrême droite. Ça en dit long sur la façon dont les socialistes nous considèrent. À leurs yeux, on ne vaut guère plus que Le Pen…
Au contraire, nous avons voulu être conséquents et responsables en faisant front commun avec toutes les formations de gauche (PS compris donc) dans trois cantons (seulement ! c´est peu pour un pays entier) là où il y avait un réel danger de voir le FN en tête a tête au second tour face à l´UMP : la lutte contre le Front National n´est pas à prendre à la légère…
Le Décodeur : vous n’avez donc pas parlé que de Mélenchon à ce CN ?
Eh bien, en fait assez peu ! Ça ce sont les médiats qui caricaturent, de nombreux thèmes ont été en discussion :
La première journée nous a permis de donner notre appui à sa candidature pour être candidat du Front de Gauche. Mais il faut dire que ça n´était pas vraiment une surprise… Nous avions d´autres sujets à aborder, d´autres réflexions à apporter au débat.
La révolution en Tunisie était bien sûr dans tous les esprits : on ne peut pas présumer de l´avenir, mais elle est déjà une référence… Elle dément avec éclat la thèse réactionnaire du « choc des civilisations » ou le racisme anti-arabe larvé dans de nombreux discours politiques et qui consiste à laisser penser que « ces gens-là » ne peuvent pas être démocrates. Au contraire, cette révolution est exemplaire et montre un peuple mur, qui prend ses affaires en main avec beaucoup de courage : il ne faut pas oublier qu´il y a eu des morts. Il est important de ne pas être angélique : cette révolution est porteuse de beaucoup d´espoirs, mais il ne faudrait pas s´imaginer que le peuple tunisien n´a pas payé déjà un lourd tribut à la liberté. Tout ça pour dire que lorsque nous parlons de « révolution citoyenne » il ne s´agit pas de faire du folklore, mais de transposer concrètement notre volonté de nous affranchir de l´oligarchie. Elle régnait sous les formes d´un état policier en Tunisie, la répression a été en conséquence… La France n´est évidemment pas, du point de vue des libertés individuelles, dans la situation de la Tunisie : voilà pourquoi la « révolution citoyenne » n´est pas un appel irresponsable à l´émeute et encore moins une phrase creuse : ça relève de l´insurrection civique.
Et c´est vrai que les questions internationales nous ont pas mal occupés, au point de modifier un peu l´ordre du jour. Raquel Garrido, la secrétaire nationale chargée des questions internationales nous a présenté les nouvelles dispositions légales sur le vote des « Français de l´étranger » et nous avons voté une résolution qui permette au PG de présenter des candidats sur ces circonscriptions particulières, avec l´idée que les Français témoins et parfois acteurs des révolutions citoyennes à l´étranger avaient bien le droit de contribuer à celle de France…
Le Décodeur : Pour conclure, comment résumes tu ce dernier CN, quel sont d’après toi les points forts ?
Le point fort, c´est notre volonté d´aller de l´avant et d´y aller ensemble : cela faisait trop longtemps que la gauche tergiversait : les uns s´épuisaient dans des querelles byzantines auxquelles les citoyens n´accordaient pas d´attention, les autres pesaient des plumes en se demandant si ça n´était pas un peu trop radical…. Maintenant la gauche ose, voilà, et pendant ce CN, se retrouver ensemble pour sentir qu´un projet commun nous fait bouger, que nous sommes prêts à jeter nos forces dans la bataille, que nous avons la volonté de convaincre, ça fait simplement du bien.
Je crois que c´est ça le sens de notre engagement : en finir avec le sentiment d´impuissance à changer les choses et l´isolement. Les deux sont d´ailleurs liés ; et l´énergie et le temps que nous passons à militer pour le PG et le Front de gauche, tout ça a du sens dans le collectif. « Collectif », c´est bien le mot de ce CN (assemblée citoyenne, collectifs associés…) et c´est vrai qu´en y participant on se rend parfaitement compte combien il est réducteur de faire du Front de gauche l´histoire de l´ambition d´un individu, alors que c´est l´ambition de milliers de personnes pour leur pays.
Aurélien Saintoul