Palestine : campagne BDS, tribunal Russel, Goldstone, AGREXCO ?

Publié le par René L

René L nous envoie  3 vidéos pour comprendre la nouvelle orientation juridique de la campagne BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) contre les violations du droit et des règles internationales commises par Israël en Palestine ! Plus quelques réflexions sur l'action contre AGREXCO à Sète.

Quelques explications préalables. 

Une campagne dite BDS(boycott, désinvestissement et sanctions) a été initiée aux plans politique, culturel et sportif depuis 2005 par de très nombreuses associations palestiniennes et l'appui d'associations humanitaires et de l'extrême-gauche européenne.

Depuis la guerre de Gaza et le rapport Goldstone dénonçant les crimes de guerre commis à Gaza, cette campane est en voie d'être complétée par des actions à caractère principalement juridique et international avec l'ouverture d'un troisième "Tribunal de Russel" pour la Palestine (après celui contre la guerre du Vietnam et contre les dictatures militaires d'Amérique latine); tribunal dont les audiences pourraient d'ailleurs se dérouler à Barcelone. Son action vise à sensibiliser les opinions publiques européennes, puis nos gouvernements sur les violations du droit international et rainsi enforcer la pression que nos gouvernements pourraient exercer sur Israel comme cela avait été le cas lentement mais avec succès, contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud; par exemple en obtenant des gouvernements qu'ils interpellent la Cour de Justice européenne !
Ce qui au-delà de l'agitation populaire qu'entretiennent les mouvements de soutien à la cause palestinienne, pourrait donner une nouvelle force à cette campagne. Les 3 vidéos nous éclairent sur cette dynamique.

Dans notre région, la campagne BDS s'est focalisée contre les investissements projetés sur le port de Sète par le Conseil Régional afin d'accueillir et de développer l'entrée dans l'UE de fruits et légumes provenant d'Israel ... et des colonies d'occupation; toutes marchandises qui sont exportées par l'office israelien spécialisé qui a pour nom AGREXCO.

Au-delà des manifestations politiques d'opposition à ce projet et de soutien aux palestiniens, l'approche juridique montre que ces importations violent les accords signés entre l'UE et Israel, que les douaniers et leurs supérieurs politiques ferment les yeux sur ces irrégularités et qu'il est donc possible quoique difficile de porter l'affaire edevant la justice !

D'où le débat politico-économique qui se pose davantage encore à l'approche des élections régionales : doit-on développer l'activité portuaire de Sète, quels qu'en soient les moyens, y compris en fermant les yeux sur les irrégularités de droit qu'elle entraîne ?

Telle est la question et tels sont ci-dessous quelques éléments d'information et de réflexion à prendre en considération pour mieux se positionner dans cet écheveau économico-juridico-politique.

Au plan politique, les violations du droit international et des résolutions de l'ONU sont claires. Nous n'y reviendrons pas.

Par contre, nous tenterons ci-dessous d'éclairer la dimension économique, juridique et marchande de cette initiative régionale qui interpelle.

Les produits agricoles méditerranéens cultivés dans tout le pourtour méditerranéen sont beaucoup mieux valorisés en Europe (notamment en Europe du nord) que sur les marchés locaux méditerranéens.
C'est pourquoi un courant d'exportation plus ou mons bien organisée allant de ces pays vers l'UE s'est établi depuis longtemps; d'abord à partir des excédents agricoles que Mère Nature met parfois à disposition, puis à partir de productions destinées principalement si ce n'est exclusivement à l'exportation vers nos pays riches !
Bien entendu, c'est dans les pays méditerranéens les plus développés techniquement et les plus proches culturellement et commercialement de nos sociétés de consommation que ces activités et ces flux agricoles d'exportation pour l'UE se sont le plus développées !
Bien entendu, les profits sécrétés par ces flux commerciaux qui satisfont les envies désaisonnalisées et impulsives des consommateurs européens (riches ou aisés, nostalgiques de la diète méditerranéenne et "néo-colonialistes" sans le savoir ou sans se l'avouer), rémunérent bien plus les intermédiaires et les propriétaires agricoles que le petit personnel (souvent d'origine palestinienne) qui y travaille; tout comme ces profits ne paient pas à leur vrai prix (de reconstitution) les intrants (l'eau et la terre) qui sont la base technique indispensable de cette activité .... et l'objectif concret de la colonisation !


Ces potentialités économiques ont conduit les gouvernements de l'UE à instaurer une convention-cadre signée à Barcelone en 1995, entre l'UE et tous les pays méditerranéens (dont la Palestine !); convention qui exempte de droits d'entrée depuis 2000 les produits agricoles méditerranéens entrant dans l'UE. Des accords agricoles entre l'UE et quelques pays, dont Israel, sont venus confirmer cette initiative dont profitent d'abord et surtout, l'économie israelienne (fleurs, fruits, légumes), mais aussi et par exemple, les investissements bipartites réalisés au Maroc et en Tunisie. 

Développer les capacités d'accueil et les activités du port de Sète en recevant ici plutôt qu'en Italie les produits agricoles israeliens exportés par la sté AGREXCO ? Oui, pourquoi pas !
C'est en effet rendre service à tous ceux qui vivent de l'activité portuaire ou pourraient vivre de son renforcement.
Les dockers de Sète seront bien contents d'avoir du travail; comme l'eussent été ceux de Port-Vendres si la spécialisation fruits et légumes de ce port avait été confirmée en particulier du fait de sa proximité avec le Marché St-Charles qui ré-exporte dans l'Europe entière ?
C'est bien au nom du développement de ce port qui appartient depuis peu au Conseil Régional que celui-ci a décidé d'investir dans un terminal où devraient se déverser dans le futur (avec quelles garanties ?) de nouvelles marchandises étiquetées "Israel" qui aujourd'hui entrent en Europe par le port italien de Savone quand elles ne sont pas ré-étiquetées Chypre comme nous le dit M. Galand dans une des vidéos
.

Malheureusement, le terminal qui y sera construit recevra en exemption de droits  des produits qui proviennent d'Israel, mais aussi des colonies israeliennes d'occupation. 
Ce dernier point est pourtant contraire aux accords signés par Israel avec l'UE :  principe de la règle d'origine (protocole 4 de ces accords) et champ territorial d'application de l'accord (article 83) !
Ce qui permet d'aller en justice pour faire appliquer strictement les accords passés par Israel avec l'UE : entrée des produits d'Israel oui; entrée des produits agricoles produits dans les colonies, non ! Voire pour modifier ensuite ces accords dans leur totalité; ce qui s'avèrera difficile du moins dans un premier temps.

Telles sont les données à la fois positives et négatives du problème.
D'où le dilemme que chacun tranchera au regard de son éthique politique, entre développement de l'emploi local et non-respect du droit international, dilemme que l'on peut résumer aux 3 questions suivantes :
1) Peut-on contribuer objectivement à l'enracinement économique des colonies d'occupation en permettant l'exportation en Europe via AGREXCO, d'une part importante de leur production agricole et le faire en fermant les yeux sur le non-respect de nos propres accords au nom des avantages économiques que certains d'entre nous pourraient en tirer ? 
2) Doit-on conditionner l'entrée de tous les produits israeliens au respect strict des règles édictées comme sont en train de le demander l'Allemagne et la Belgique à la Cour de Justice Européenne ? Voire à d'autres règles comme l'harmonisation du coût du travail et notamment de sa composante sociale ?
3) Ou doit-on, comme l'expliquait le Président Frèche, "ne jamais mélanger la politique et l'économie" et privilégier l'emploi en fermant les yeux sur tout ce qu'il y a derrière ?

La position du PG66 est que la cohérence entre les orientations politiques et les actions économiques est un gage de la crédibilité que la gauche doit retrouver sauf à rester cloîtrée dans un recoin de l'échiquier politique; cohérence qui ne peut souffrir exception que dans des situations extrêmes.
René Lacabérats

Place maintenant aux vidéos pour visioner chaque vidéo un petit clic sur chaque vignette ci-dessous ( photo de Pierre Galand)


Vidéo 1 
Vidéo 2
Vidéo 3
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