L'air et la chanson.
L'air et la chanson. A la radio, j’entends par hasard quelques notes de l’Internationale qui me suivent en rengaine toute la journée. Comme beaucoup, je connais l’air mais très peu les paroles. Facile, avec Internet :
Debout ! Les damnés de la terre
Debout ! Les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin
Du passé faisons table rase
Foule esclave, debout ! Debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.
Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni césar, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer tant qu'il est chaud !
L’Etat opprime et la loi triche :
L’Impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.
Les Rois nous saoulaient de fumées.
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs :
La terre n’appartient qu’aux hommes,
Le riche ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !
Il y a de la fougue, des mots sans mesure, Dieu… Rois… Généraux… Corbeaux… Vautours… Cannibales… Damnés… Forçats de la faim… Foule esclave… Malheureux… Mais c’est un hymne, la foule en colère ne fait pas dans la dentelle. A plus de cent, poing en l’air, on ne chante plus des bluettes ! Il faut dire aussi que les paroles de l’Internationale ont été écrites en pleine répression de la Commune ; en face, les canons ne jetaient pas des paroles en l’air.
Je me méfie de la foule, je sais ce que chacun y devient. Dans n’importe quelle foule, on n’est plus soi-même et le pire est qu’on aime ça. Pourtant il y a bien un moment où il faut sortir et crier si on ne peut pas être entendu autrement. Je me méfie de la foule mais je n’aime pas non plus savoir les citoyens calfeutrés dans leurs trous derrière leurs rideaux tirés ou devant leur télévision, passifs, impuissants, apeurés et tremblants.
Alors, oui à la foule mais en dernière extrémité, en désespoir de cause. Oui à la foule comme j’aime en avoir des nouvelles à la radio : « La foule était beaucoup plus importante que prévue… un vrai raz de marée… manifestation puissante et bon enfant… sous le soleil… s’est dispersée dans le calme… le pouvoir est au pied du mur… »
Et tant qu’à chanter un hymne, autant qu’il soit international que national, autant dire « nous ne sommes rien, soyons tout » que de d’appeler « la gloire » et « le sang » ; Vous connaissez La Marseillaise. Quelques paroles seulement ? Vous aussi ?
Le paradoxe, c’est que l’Internationale a été écrite sur l’air de la Marseillaise. Ce n’est que dix-sept ans plus tard, en 1888 que Pierre Degeter a écrit la musique que nous lui connaissons aujourd’hui.
Vincent