Le socialisme néo moderne ou l'avenir de la liberté* par Jacques Généreux*
(Ce n'est pas une synthèse, ce n'est pas une critique, c'est le simple compte rendu de lecture d'un citoyen enthousiaste)
Avec la crise actuelle, le néo libéralisme a présenté publiquement toutes les preuves de son inanité. En dévoyant le libéralisme en culte de la compétition, en rendant le marché omnipotent, en isolant l'individu dans l'apathie ou l'agressivité, ce n'est pas la liberté qui a triomphé mais le désordre et la violence.
Acculés par cet échec, toutes les droites du monde opèrent un retour "vers un ordre pré moderne, mélange de répression policière, d'intégrisme religieux, de contrôle communautaire" avec une "valeur travail" qui tourne à l'abrutissement, la peur et souvent la pauvreté.
Les alternatives ne sont pas réjouissantes. Passons très vite sur l'Anarchie, la dictature, le communisme à la soviétique (qui fut une autre dictature), reste le socialisme actuel qui se dilue depuis trente ans dans le néo libéralisme et cherche maintenant sa voie vers le centre. Ce socialisme est décrédibilisé, les urnes le savent.
Jacques Généreux, dans "Le socialisme néo moderne" qui fait suite à "Dissociété", ouvre une nouvelle voie reprenant les acquis du projet libéral et les dépassant dans la refondation d'une gauche qui devra prendre en considération une vraie conception de l'être humain. Le projet, extrêmement fouillé et documenté, remporte l'enthousiasme.
Toute la base du projet est dans la connaissance scientifique de l'être humain et de sa manière de se comporter avec ses semblables. Convoquant toutes les sciences humaines, avec une préférence marquée pour l'anthropologie, il part de la naissance de l'homme et de la naissance de l'enfant d'aujourd'hui pour suivre leur cheminement social. Il en tire des conclusions pour une société harmonieuse où cohabiteront naturellement liberté et liens sociaux, individualité et solidarité, justice sociale et économique, concurrence et entraide entre les entreprises, les pays, les continents
C'est une vision puissante et admirable, qui ne pouvait sortir que d'un esprit exceptionnel. On est transporté, "ravi", honoré d'être convié à de tels sommets. Mais ce n'est pas un rêve, on est dans le concret et dans la raison. Les faits observés, mis à nu – tout conformisme rejeté - s'égrènent tout au long de l'ouvrage avec, en leitmotiv, le raisonnement, répété en variantes infinies et continuellement approfondi.
Mettre ce programme à exécution? – Cela ne se fera pas par la magie d'une formule incantatoire, mais bien dans le concret, pas à pas, comme dans l'équilibre de la marche, toujours perdu et toujours retrouvé, avec une base faite de liberté et de lien social. Ces deux vertus ne sont pas antagonistes, le livre nous le démontre à satiété. Le lien ne ligotera plus, il liera les personnes, les familles, les communautés, etc. par de multiples connections et c'est lui qui donnera toute ses chances et toute sa force à la liberté. Car c'est ainsi que marche l'être humain depuis cinq millions d'années. Et si l'avènement des grands groupes, des premières métropoles a commencé à complexifier le problème, il y a dix mille ans, c'est vraiment beaucoup trop récent pour avoir imprimé le moindre changement dans le fond de l'homme.
Publié en mars, en plein milieu de la campagne des européennes, le livre n'a pas eu suffisamment de "presse" et nul doute que s'il avait dû ne paraître qu'à la rentrée, il aurait un succès retentissant. Espérons qu'il trouve malgré tout l'audience qu'il mérite.
* Seuil 2009
* Jacques Généreux, né en 1956, d'une famille de Saint-Quay-Portrieux, près de Saint Brieuc, est docteur en économie et enseigne à Science-po. Il collabore a plusieurs émissions et revues politiques et économiques. Economiste opposé au libéralisme débridé "manifeste pour une économie humaine", "les vraies lois de l'économie", il s'est ensuite engagé dans un travail de refondation anthropologique de la pensée politique et économique "dissociété". On lui doit une quinzaine d'ouvrages publiés.
Fin 2008, il quitte le PS pour participer à la fondation du PG dont il devient membre du Bureau national et secrétaire national à l'économie.