La lettre de Combat Républicain
NE PAS BATTRE EN RETRAITE
Il n’y a pas de problème des retraites. Mais il y a un problème
de plus en plus grave et scandaleux de répartition des richesses.
L’INSEE vient de montrer, chiffres à l’appui, qu’entre 2004 et
2007 c’est le patrimoine des Français les plus riches qui avait le
plus progressé : 1% de la population s’approprie 5, 5 % des
revenus d’activités, 32 % des revenus du patrimoine, 48% des
revenus exceptionnels (plus-values, levée de stock-options…)
L’organisme officiel révèle aussi que le poids de l’imposition pour
les contribuables les plus aisés est de l’ordre de 25% seulement en
raison des réductions d’impôts et des déductions fiscales. Dans le
même temps, 8 millions de Français, soit 13, 4% de la population
de notre pays, ont moins de 908 euros par mois pour vivre. Plus
d’un million de retraités vivent sous le seuil de pauvreté et la
moitié des retraités perçoit moins de 1 000 euros par mois.
Rappelons qu’au cours du dernier quart de siècle, la part des
salaires dans le revenu national a baissé de près de 10% tandis
que les revenus du capital croissaient tout autant. Ce recul est
aggravé par l’appauvrissement constant de l’Etat et des
collectivités territoriales : la Cour des Comptes, dans son dernier
rapport annuel publié en février, a pointé du doigt les « niches
fiscales » bénéficiant pour la plupart aux contribuables les plus
favorisés et dont le manque à gagner pour les finances publiques
atteint 140 milliards d’euros par an.
C’est dans ce contexte que le choeur des pleureuse libérales et
patronales psalmodie sa complainte des retraites en entonnant le
refrain archi-connu : cotiser plus longtemps et partir plus tard, tel
est le secret du bonheur pour une population dont l’espérance de
vie ne cesserait de s’allonger… Mais l’injustice vécue au quotidien
par les Français est telle que la vieille antienne de la droite,
pourtant reprise jusqu’à la nausée par les médias, fait de moins en
moins recette. Sur les retraites, un contre-argumentaire de gauche
bat en brèche la pensée inique, à l’instar de celui élaboré par
Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné pour la Fondation
Copernic et dont nous nous inspirerons pour compléter cet article.
Pourquoi défendre la retraite à 60 ans ?
Beaucoup de beaux esprits expliquent que l’âge de départ en
retraite n’a plus d’importance maintenant que la durée de
cotisation est passée à 40 annuités. Mais pourquoi la droite et le
patronat insistent-ils pour faire bouger le curseur ? Parce que tant
que ce droit existera, tant que ce point de repère sera maintenu,
les salariés pourront exiger que soient mises en place les modalités
qui permettraient à la grande majorité des salariés de prendre leur
retraite à taux plein à 60 ans, et non au-delà comme c’est de plus
en plus le cas à la suite des contre-réformes appliquées entre 1993
et 2003. Rappelons qu’un salarié dont la carrière est incomplète
peut aujourd’hui bénéficier d’une retraite à taux plein à 65 ans. Si
le droit à la retraite à 60 ans disparaissait, le Medef exigerait du
même coup la fin de ce verrou à 65 ans.
www.combatrepublicain.org 1/2
A savoir
Une fatalité démographique pèse-t-elle sur
les retraites ?
Il y avait 11 millions de retraités en 2000, ils seront
21 millions en 2040, grâce à l’arrivée à l’âge de la
retraite de la génération du « baby-boom ». Mais
ensuite, ce sera au tour des « classes creuses », et le
nombre de retraités se mettra à diminuer. Quoi qu’il
en soit, il ne faut pas raisonner comme si la richesse
nationale ne devait pas croire d’ici à 2040 : en
quarante ans, avec un taux de croissance très modeste
de 1, 7% par an, le PIB de notre pays doublera. Le
doublement du nombre de retraités s’accompagnera
d’un doublement de la richesse nationale : alors
pourquoi pousser ces cris d’orfraie, si ce n’est parce
que la droite et le grand patronat n’ont nullement
l’intention de répartir de façon équitable les fruits de la
croissance ?
L’allongement de la durée de cotisation
permet-il de maintenir le montant des
pensions ?
Aujourd’hui, avec une durée de cotisation de 40
ans, les deux tiers des salariés du privé qui prennent
leur retraite ne sont plus au travail. Ils sont soit au
chômage, soit en maladie, soit en invalidité. Avec un
passage à 41 ans, les trois quarts des salariés se
retrouveraient dans cette situation. Le Medef n’en est
pas à une contradiction près : il exige l’allongement à
45 annuités de la période de cotisation au moment où
les entreprises licencient à tour de bras, en particulier
les salariés de plus de 55 ans ! De fait, allonger la
durée de cotisation revient à augmenter la période de
chômage, de maladie ou d’invalidité, et donc à
diminuer le montant global des retraites.
Le maintien au travail au-delà de 60 ans estil
une solution ?
Ceux qui s’appuient sur l’allongement de
l’espérance de vie pour en conclure qu’il est normal
que la durée de travail augmente oublient qu’à 35 ans,
un cadre peut espérer vivre encore 46 ans et un
ouvrier 39 ans. Ils oublient que d’après l’INSEE,
l’espérance de vie en bonne santé n’est que de 64, 2
ans pour les femmes et 63, 1 ans pour les hommes. En
fait, la droite et le patronat veulent instituer des
« emplois seniors », précarisés et en CDD, afin de
continuer à « flexibiliser » le marché du travail (Voir
texte complet de Filoche et Chavigné sur
www.fondation-copernic.org).
Financer nos retraites, c’est possible à condition de
revenir sur l’inique distribution des richesses qui
prévaut aujourd’hui dans notre pays. Tel est le sens de
la lettre-pétition au président de la République dont
Combat Républicain a pris l’initiative et qui exige la
suppression des « niches fiscales », responsables d’un
manque à gagner de 140 milliards d’euros annuels
pour les finances publiques. Que personne ne se laisse
abuser par Hadas-Lebel et ses « coristes », Parisot et
son Medef, Sarkozy-Fillon et leur gouvernement
minoritaire : au misérable clapotis du libéralisme,
sachons opposer la vague puissante du mouvement
social.