Les citoyens, la société dans ses profondeurs comptent-ils donc si peu pour que jamais leur possible perception des choix politiques ne soit prise en considération ?
"Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul" Montaigne
L’affaire Mitterrand ainsi que celle du Prince jean ne sont pas à mes yeux des affaires secondaires du Royaume Sarkoland.
Le Royaume Sakoland est-il entrain de pourrir ? La réponse est Oui ! Car ce royaume ne sait plus ce qu’est l’ «autodiscipline » il ne sait plus ce qu’est la retenue. Le maître de ce Royaume : l’argent, pourrit tout dès lors qu’il permet de tout faire, dès lors qu’il permet de mener « la mauvaise vie » en délocalisant s’il le faut l’exploitation de la misère humaine qu’elle soit sexuelle, économique ou les deux, dés lors qu’il permet le passe droit…
Ce soir nous mettons en ligne deux articles :
- l’un sur l’affaire Mitterrand écrit par le Juge Philippe Bilger
- L’autre Publié sur Diners Room concernant la défense de Prince Jean par Monseigneur Lefèbvre.
Mais auparavant un petit rappel
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés:
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie;
Nul mets n'excitait leur envie,
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie;
Les tourterelles se fuyaient:
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le lion tint conseil, et dit: «Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements: (1)
Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence
L'état de notre conscience
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait? Nulle offense;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut: mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi:
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce.
Est-ce un pêché? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d'honneur;
Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.»
Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances
Les moins pardonnables offenses:
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'âne vint à son tour, et dit: «J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.»
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui! quel crime abominable!
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait: on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
Jean de La Fontaine
Recueil II, livre VII
Le blog de Philippe Bilger
L'honneur de Frédéric Mitterrand
La ficelle est un peu grosse.
Pour Frédéric Mitterrand, ce serait un "honneur" d'avoir été traité de "pédophile" par Marine Le Pen, dans le récent Mots croisés sur France 2. Et ce serait une "honte" pour Benoît Hamon, porte-parole du parti socialiste, puisque ce dernier s'est dit, lui aussi, choqué par ce ministre qu'il a qualifié de "consommateur". Où la honte, chez qui l'honneur ?
La ficelle est trop usée, qui consiste, au lieu de répliquer sur le fond, à jouer de l'indignation éthique et politique comme si on avait davantage légitimité que ses contradicteurs pour le faire. Difficile tout de même d'entraîner Benoît Hamon - qui n'a pas cédé d'un pouce (lefigaro.fr) - dans la même mêlée que Marine Le Pen alors que précisément le premier explique que cette affaire va faire "le lit" du Front national représenté par la seconde (nouvelobs.com, le JDD). Il est des répliques que l'honnêteté intellectuelle devrait interdire.
"La mauvaise vie", livre écrit par Frédéric Mitterrand et publié au mois de mars 2005 par Robert Laffont, raconte dans un chapitre les relations tarifées de l'auteur avec des "garçons", des "gosses" en Thaïlande. Beaucoup trop jeunes, à l'évidence. Il décrit l'excitation qui est la sienne devant cette misère offerte et forcément soumise, cet univers de sexe et d'argent auquel il s'abandonne tout en le trouvant "dégueulasse" et indigne. Il humilie en pleine conscience et s'en trouve bien. Le tourisme sexuel dénoncé en France et ayant été pratiqué là-bas, de la part d'un homme choisi il y a peu comme ministre de la République, cela ne gêne personne ? Je ne suis pas persuadé que sa sincérité - qui la lui a demandée ?- soit à elle seule suffisante pour qu'un grand livre en résulte.
La polémique née ces derniers jours, parce que le "tourisme sexuel" nous est devenu insupportable à cause de notre combat contre la pédophilie et toutes les formes d'exploitation de l'enfance en France et que Frédéric Mitterrand a été nommé ministre de la Culture, me semble tardive. J'ai lu "La mauvaise vie" et j'ai d'emblée perçu ce qu'il y avait de nauséeux à la fois dans le récit et dans l'accueil complaisant qui lui était fait. Les critiques littéraires littéralement énamourées - je pense notamment à celle de Jean-Paul Enthoven - qui ont célébré ce livre m'ont paru plus, dans leur excès, saluer le sulfureux que le talentueux, le transgressif que la qualité de l'écriture. Parfaite illustration de ce "copinage" culturel et médiatique qui sans cesse diffuse ses méfaits en égarant les esprits et en dénaturant les goûts. J'avais été étonné alors par l'absence de la moindre voix discordante comme s'il fallait - j'insiste sur l'obligation - porter aux nues Frédéric Mitterrand. Il y a des devoirs que le snobisme impose et qui apparemment peuvent durer.
Ces aveux sur sa vie intime et asiatique n'auraient pu décevoir que le lecteur et susciter moins d'enthousiasme chez le téléspectateur si soudain, par quelle étrange aberration, même comme second choix, on n'avait pas décidé de le faire entrer au gouvernement. De la France. Gouvernement nommé par le président de la République sur proposition du Premier ministre. Gouvernement qui nous représente, dont les ministres n'auraient aucune légitimité véritable, citoyenne, s'ils étaient par trop déconnectés du sentiment et des tendances populaires. La liberté de démarche et d'expression au sein d'une société, la liberté de comportement à l'étranger pour ce qui regarde ses orientations intimes n'ont rien à voir avec la rigueur et la dignité qui s'attachent nécessairement à l'honneur d'être ministre. Que celui-ci soit hétérosexuel ou homosexuel n'emporte pas la moindre conséquence dès lors que cet état demeure enclos dans la sphère privée et ne vient pas, fût-ce indirectement, affecter la validité d'une politique mise en oeuvre dans tel ou tel secteur. Peut-on soutenir que les abandons asiatiques de Frédéric Mitterrand ne sont pas de nature à affecter si peu que ce soit, proclamés et exposés avec tellement de fausse audace (l'audace, dans ce microcosme, aurait été de les taire), la lutte gouvernementale contre la pédophilie et l'administration de la Culture ? Ou bien faut-il considérer que la Culture, dont on vante les mérites pour mieux l'oublier dans sa quotidienneté, devrait être naturellement destinée à de surprenants responsables, comme si elle-même était condamnée à pactiser avec le saugrenu, le choquant et le trouble ? Je l'aime trop pour ne pas penser qu'elle a droit aussi à des personnalités publiquement irréprochables. Les citoyens, la société dans ses profondeurs comptent-ils donc si peu pour que jamais leur possible perception des choix politiques ne soit prise en considération ? La démocratie c'est précisément, ce devrait être la volonté de répudier la "chasse gardée" pour l'Etat et le tout venant pour le peuple. Celui-ci a le droit de s'émouvoir devant ce qui ne l'ennoblit pas.
Les gazettes, lors de la nomination de Frédéric Mitterrand, ont insinué que l'épouse du président de la République ( j'essaie de me souvenir mais je ne me rappelle pas avoir voté pour elle !) avait glissé à son époux le nom de Frédéric Mitterrand. Pourquoi pas ? Ce qui ne laisse pas de m'étonner, c'est que, ce livre et ce chapitre étant connus, ces pratiques affichées et publiées, on n'a pas songé un instant au hiatus probable et risqué entre la prestigieuse fonction et le comportement délétère. Dire qu'à une certaine époque une simple mise en examen faisait démissionner le ministre et l'image publique pourtant était infiniment moins altérée par cette présomption d'innocence qui demeurait que par les émois pour le moins discutables de Frédéric Mitterrand. Ce qui me stupéfie encore davantage, c'est l'acceptation d'un tel choix par deux personnalités qui, en dehors des disputes politiques, sont respectées pour leur bon sens (le Premier ministre refuse la rétribution de l'absentéisme, par exemple), leur souci du peuple et leur absence de parisianisme. Je n'ai jamais rencontré François Fillon alors qu'à deux reprises j'ai échangé avec Claude Guéant il y a quelques années. Je ne peux pas croire que l'un et l'autre, dans un registre évidemment différent, n'aient pas été troublés par cette affectation ministérielle créant plus de désordre que d'espoir. Ce qui me rassure en revanche sur la validité de mon point de vue, c'est qu'Henri Guaino vole au secours de Frédéric Mitterrand avec l'adjectif "indigne" accolé, il est vrai, à "assez" comme un remords. Piquant de voir ce qualificatif appliquer à ceux qui dénoncent ! Il y a des êtres dont on déplore le silence et d'autres dont la parole, à leur insu, sert la cause qu'ils pourfendent.
Je ne me fais aucune illusion. En dépit de Benoît Hamon, Marine Le Pen servira de repoussoir et Christine Boutin, qui désapprouve aussi, de prétexte. L'UMP, décidément méconnaissable et progressiste en diable, est venue en renfort du ministre. Cette controverse qui n'est pourtant pas dérisoire va s'éteindre, étouffée par cette philosophie ironique et compréhensive, marque de l'identité de notre temps, qui postule qu'il n'y a rien de grave, rien d'interdit et que le gouvernement de la France a le droit de mêler qui il veut en son sein puisque le Pouvoir peut tout. S'il fallait une preuve pour justifier ce pessimisme, il suffirait de voir à quel point les "grands" médias ont été discrets - sauf au journal de France 2 - sur cette affaire et comme le Net, une fois de plus, a été décisif. Marianne 2, notamment, a souligné cette grave carence et pallié les manques. Gérald Andrieu, en expliquant l'indulgence à l'égard de Frédéric Mitterrand par le fait qu'il est "un membre éminent de la caste des mondains parisiens", fait preuve d'une pertinence qu'on souhaiterait davantage partagée.
Frédéric Mitterrand, les critiques légitimes qui lui sont faites, le trouble autour de lui, la certitude que dans l'immense vivier intellectuel et politique français on aurait pu trouver sans aucune difficulté un ministre ordinaire (dans le bon sens du terme) mais qu'on a fui cette opportunité pour provoquer et faire "un coup", tout cela donne envie, et je ne suis sans doute pas le seul citoyen à la désirer, d'une tranquille et sereine banalité. De cette banalité qui manifeste qu'on a dominé l'obsession de surprendre et qu'on a vaincu le risque de la médiocrité. D'un ministre qu'on contredit peut-être mais qu'on ne récuse pas.
Frédéric Mitterrand évoque son "honneur" à bon compte. Il devrait trouver mieux. Car le Front national est vraiment usé à force d'avoir trop servi. Si son honneur de ministre, c'était tout simplement de partir ?